Note : Chroniques rédigées en 2010 et 2011.
Nihiliste(s) (2008)
![](https://blogger.googleusercontent.com/img/b/R29vZ2xl/AVvXsEgDtlKM6QEEnSkPkrhJAbpAkvozTRa7pjXXo-cIFm6yenQoSIt2zFbNtZhYWliHtmsYjd-ieHuBYpgHPimJ10oRn1_Kt8kjCHY48F4PEtWMH9k1EcOpUpPTFrn3ptk-HmFTYw4vqSqqZn8v/s1600/Celeste+nihi.jpg)
Celeste est un
groupe de la région lyonnaise officiant dans un Postcore des plus violent. La
musique du quatuor -qui joue tous ses concerts dans un noir complet- est sombre
et glauque. Le plus généralement, les morceaux de ce style musical sont longs
et progressifs, partant d'une base atmosphérique avant de proposer une
explosion musicale. Celeste joue lui plutôt sur la force et le
côté direct en proposant des titres rapides, assez courts (la plupart font dans
les 3-4 minutes bien qu'il y ait deux titres de 6 minutes et un de 8), avec
quelques breaks plus mid-tempo ici ou là.
L'ambiance de ce Nihiliste(s) est des plus suffocante (rah ce break
impossible complètement dingue en plein milieu de « A jamais
dénudée » (peut être le meilleur titre de l'album pour mon compte) !!),
malsaine et sombre. Seules les quelques fins de morceaux où les guitares
laissent sonner les accords nous permettent de reprendre notre souffle dans ce
condensé intense de violence.
Le côté déstructuré des titres -bien que généralement assez courts je le
répète-, le son et l'ambiance ravira les fans de DeathSpell Omega.
Une sorte de transe complètement hystérique se dégage de cet album.
La production est très bonne, on distingue très bien tous les instruments. Les guitares
plombées, assez aigues tranchent bien avec la basse plus lourde et moins
rapide. La batterie participe beaucoup à la sensation de folie des titres, en
jouant beaucoup sur les cymbales. La voix est torturée et hurle des textes des
plus sombres et violents. La seule lecture des noms des morceaux vous permet de
vous faire une idée du dégoût de l'humanité des membres de Celeste.
L'album a commencé violemment, sans introduction avec « On pendra les
femmes et les enfants en premier » (j'adore le nom du titre !) et finit
violemment avec « Comme s'il suffisait de lever le doigt pour
refaire ».
En résumé c'est violent, sombre, possédé (mais par quoi ?!), fou, déstructuré,
intense, désespéré. Nihiliste(s) convient donc parfaitement comme
titre à cette musique.
Celeste nous propose donc avec Nihiliste(s) un album
unique, car les lyonnais ont sût exploités une autre facette du Postcore en
favorisant sa violence. A écouter seul dans le noir.
Misanthrope(s) (2009)
![](https://blogger.googleusercontent.com/img/b/R29vZ2xl/AVvXsEivz48ze9Prbqslpx1131bEaaeE_7I_zsHWq9yaCwz7r7n-fcJlfvrnyG3Gfyb1R5VNOKFjq2CdPK-UmzvLCANz8fqHO8ByKJn2Xq872Z7aGNIyrFo9tIwlRBvdOdKKbThaWtmNrqa2rx2-/s320/Celeste+misan.jpg)
A peine un an après l'excellent Nihiliste(s),
les lyonnais de Celeste remettent ça
avec neuf nouveaux titres réunis sous le doux nom de Misanthrope(s).
Alors ? Un Nihiliste(s) #2 ? Oui et non.
Tout d'abord ce qui frappe c'est le son et la production. Ils sont très
similaires, voire identique à l'album précédent, c'est-à-dire tranchant et
lourd, procurant un sentiment d'étouffement. L'instrumentalisation est toujours
la même, guitares plombées, basse écrasante, un batteur qui adore ses cymbales
et cette voix haineuse au possible. De ce côté pas de changement, donc.
Cependant, alors que l'hystérie était de rigueur d'un bout à l'autre de Nihiliste(s),
sur ce nouvelle opus, le quatuor a mis beaucoup plus en avant les ambiances
mid-tempo, caverneuses. Bien sûr les accélérations ne sont pas totalement
oubliées comme sur « Il y aura des femmes à remercier et de la chair à
embrocher », « A défaut de te jeter sur ta progéniture » ou
« Mais quel plaisir de voir cette tête d'enfant rougir et suer »
(peut-être le titre se rapprochant le plus de l'album précédent), mais
généralement, le tempo s'est quelque peu ralenti. L'album est donc un peu plus
long que Nihiliste(s) tout en possédant un titre de moins.
Alors que Nihiliste(s) nous laminait de sa violence, Misanthrope(s)
nous hypnotise, nous surprend par ses accélérations, nous écrase de la lourdeur
de ses riffs presque Doom (« La gorge ouverte et décharnée »,
« A défaut de te jeter sur ta progéniture »), nous met une boule au
ventre par sa violence et ses quelques riffs presque mélancoliques ici ou là,
nous possède d'une haine sans merci.
Misanthrope(s) ne m'a absolument pas déçu. Avec cette troisième sortie
Celeste maintient l'excellent niveau qu'il avait produit avec Pessimiste(s)
et notamment Nihiliste(s), en innovant tout en gardant la même
ligne directrice. Un groupe unique à suivre de très près m'sieurs-dames.
Morte(s)-Née(s) (2010)
![](https://blogger.googleusercontent.com/img/b/R29vZ2xl/AVvXsEjezvq_wD6_BtNj1QuyRJDKSq4XhT_9IYGQONAxgmlMUPsKnmtx4jymqBZIVA_s6YKqhtui1YFeJJFb9KaTuj2eYuE_EkiSlGsJwSDF9VqcuQn6k9PcHPVeNGmRW5WT5Rgt3Y3Z7q4RSf6t/s320/Celeste+mn.jpg)
Celeste c’est un cauchemar horrible, un cauchemar qui
nous lâche pas. On est en plein dedans. On se réveille en sursauts, haletant.
Mais on ne peut pas s’en détacher, on essaye de reprendre ses esprits mais on
est obligé d’y penser, de s’y replonger, même réveillé. On en tremble, suant
comme un porc, avec une envie tenace de vomir. De vomir sur ces créatures de
nos rêves pourris.
Celeste
c’est une séance de torture. Une séance de torture masochiste. Un vrai fantasme
inavoué sur lequel Freud et ses disciples pourraient passer des années. C’est
tellement terrifiant et sombre qu’on en redemande. Encore et encore. Sans
arrêt. Qu’on nous brise les os, pour tout oublier. Quand les coups arrêtent
–pour quelques secondes ou quelques petites minutes tout au plus- on jouit.
Celeste
c’est le lent pourrissement d’une gangrène dont on sait que la fin est
inévitable ; qu’il faudra amputer. Mais certains prennent un plaisir
malsain à contempler ce spectacle morbide. On repousse alors l’amputation le
plus possible, toujours un peu plus tard -admirant les vers bouffant les
morceaux pendants de chaire noire à vif. Et en riant. En s’amusant. En prenant
un pied monstre en maltraitant le souffrant, en l’étouffant.
Celeste
c’est un champ de bataille post-apocalyptique. Des explosions de partout, des
salves de balles incessantes, des cris, des hurlements, l’avancée des chars,
les assauts, la crasse, la boue, la peur. On ne peut souffler que très
rarement, la nuit dans le noir. Le noir le plus profond. Et encore. Il se peut
qu’un troupeau d’ennemis se cachent, amicaux au premier abord, mais toujours
traîtres.
Celeste
c’est une violente crise d’épilepsie. On ne sait pas comment la stopper. On ne
sait pas quand elle va stopper. Mais on sait que les dégâts vont être lourds,
qu’il y aura des blessures irréversibles, des traumatismes. Lorsque enfin elle
s’arrête c’est la peur, le stress. Le chaos continue, tout s’effondre, tout est
mort(-né).
Celeste
nous étouffe de sa violence, nous découpe en morceaux avec des riffs incisifs,
nous écrase avec sa production massive et pachydermique, nous crible de ses
rythmiques brutales et rapides, nous hypnotise avec ses ralentissements
inattendus, nous déchire avec ses hurlements plein de haine. De la haine envers
tout le monde. Vous, moi, eux, tout le monde. Toujours de la haine. Mais à leur
manière. Toujours renvoyant une image personnelle humiliant les autres
misérables suiveurs.
Celeste
c'est l'explosion et l'exaltation de sentiments enfouis en chacun. Un concentré
de violence sonore. La réalité de la vie version saturée. Celeste c’est
la haine à l’état primaire transformée superbement en musique, « de sorte
que plus jamais un instant ne soit magique ».
Pessimiste(s) (2007, réédition 2011)
C’est deux ans après sa création que Celeste sort ce Pessimiste(s),
premier court MCD de même pas 20 minutes. En 2011, Denovali Records le réédite
dans une version entièrement remasterisée. C’est cette version que je chronique
ici et ne possédant malheureusement pas la version de 2007 je ne pourrai pas
faire de comparaison.
Lorsque, comme moi, l’on découvre Pessimiste(s) après les albums de Celeste, une chose frappe dès les premières secondes :
l’étonnante mélodicité des titres, l’ambiance bien moins étouffante et violente
(bien que ça bourrine quand même pas mal rassurez-vous), et plus
« aérienne » (attention c’est pas du Surf Rock hein), la présence de
nombreux breaks en « arpèges » à guitare (mais des arpèges dissonants
–d’ailleurs il y a plus généralement de nombreux riffs assez dissonants-, avec
une basse ronflante en fond comme sur « De notre aversion à notre
perversion ») et autres passages mid-tempo qui vous enfoncent six pieds
sous terre, encore vivant bien évidemment.
La version remasterisée dont je dispose renforce peut-être
légèrement cette différence avec les albums. En effet le son y est plus clair,
plus compréhensible, moins « brouillon » (bien que le son des albums
soit excellent, ce côté un peu « brouillon » renforçant encore
plus les ambiances distillées par le quatuor).
Les cinq titres s’enchaînent d’une traite, comme un seul
hymne à la haine et à la violence, avec une brutalité et une puissance
exaspérante de génie, avec une folie créatrice superbement exécutée.
Car oui, peut-être qu’ici sur leur première réalisation, Celeste ne créaient pas déjà cette
atmosphère si oppressante qui caractérise les albums, certes, mais nom d’une
pipe, nom de dieu, bordel de merde même ! Ils ont cette folie, cette
noirceur, cette puissante, ce putain de feeling qui vous prend au trippes, vous
donne envie de tout casser, de fracasser le premier qui vous emmerde, de vous
frapper contre les murs de votre chambre, mais aussi de vous vider trois
bouteilles de vodka, tout seul comme un moins que rien, avant de vous reprendre
complètement saoul (avec un peu de chances vous n’avez pas pris de médicaments
en même temps), vous écraser comme une sombre merde, réalisant que non, le
moment n’est pas encore venu pour vous, misérable petit insecte, de quitter
cette sombre planète bleue sur laquelle vous êtes alors que vous n’avez rien
demandé à personne, qu’il faut encore continuer, vomir sur les gens, les pourrir
comme ils vous pourrissent, les ignorer, les mépriser. Cette chronique devient
sacrément vulgaire dis donc, mais oui, Celeste
c’est tout ça. Et bien plus encore, je vous l’assure…
Pessimiste(s) est
le meilleur exemple créé par Celeste
du pont musical (je dis bien musical, de loin pas idéologique), qu’il peut y
avoir entre le Postcore et certains groupes de Black Metal Orthodoxe les plus
fous et expérimentaux, DeathSpell Omega
très loin en tête. D’ailleurs un split ou alors carrément un album composé par DsO et Celeste (un peu à la Altar
de SunnO))) et Boris quoi), ça devrait rendre un sacré bordel complètement fou et
malsain. Dommage que les barrières idéologiques ne cèdent pas, parce que pour
le coup les barrières musicales, elles, auraient pu sacrément exploser. Bon
oui, je fantasme tout seul et je m’égare complètement et alors ? Vous
n’aviez de toute façon pas compris que vous auriez déjà du TOUT acheter de Celeste et vous écouter leurs disques
en boucle, le volume à fond et dans le noir le plus complet (lampe frontale
autorisée mais c’est tout) ? Si ? Bah alors pourquoi vous me lisez
encore ?
Afin de tromper l’ennui, diluons nos souvenirs d’enfance,
d’abysses en abysses, de notre aversion à notre perversion, car, quoi qu’il
advienne TOUT EST À CHIER !